Pour la CGT, 2,5 millions ont manifesté en France alors que la police donnait jeudi soir le chiffre de 1,08 million
La manifestation parisienne, à l'appel de tous les syndicats, a réuni 65.000 manifestants, selon la police, un chiffre contesté par la CGT qui estime à 300.000 le nombre des manifestants pour l'emploi et le pouvoir d'achat dans la capitale.
La grève de 24 heures a perturbé les transports, les services publics et mobilisé aussi dans le privé.
Au total, près de 200 manifestations étaient organisées dans toute la France. A Marseille, entre 24.000, selon la police, et 300.000 personnes, selon les syndicats, ont manifesté contre la politique du gouvernement. A Toulouse ils étaient entre 56.000 et 90.000, à Bordeaux entre 34.000 et 60.000 et à Lyon entre 25.000 et 30.000.
A la Réunion, entre 7.000 et 4.600 personnes ont manifesté jeudi dans les villes de Saint-Denis et Saint-Pierre.
Ces manifestations syndicales, les plus massives depuis l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée en mai 2007, égalent les mobilisations de 2006 contre le CPE (contrat première embauche), de 2003 sur les retraites et de 1995 contre le plan Juppé sur la Sécurité sociale.
Pour le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, "il n'y a pas un niveau de grève exceptionnel, c'est plutôt en-deçà dans le secteur public que ce qui avait été constaté lors des derniers mouvements", a-t-il déclaré jeudi soir. Il a rappelé que le président Nicolas Sarkozy allait recevoir les organisations syndicales dans le cadre du dialogue social "pour un faire le point avec eux".
A Paris, tous les dirigeants syndicaux se trouvaient en tête du cortège, parti vers 14h20 de la place de la Bastille en direction de la place de l'Opéra. Pour François Chérèque (CFDT), "dans tous les échos que l'on a des villes de province, le niveau des manifestants est au niveau des plus grosses manifestations du CPE avec un différence très importante: c'est qu'aujourd'hui ce sont les salariés. Ce sont donc les plus grandes manifs de salariés depuis une vingtaine d'années".
"Maintenant c'est au gouvernement d'apporter des réponses" sur "la relance avec des mesures concrètes pour les salariés et c'est après que l'on décidera de la suite à donner au mouvement", a-t-il soutenu.
Le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, a aussi jugé que "quand il y a une telle mobilisation, le gouvernement serait irresponsable s'il ne répondait pas".
"Il y a une réunion qui était prévue depuis longtemps début février sur l'agenda social avec le président de la République. Il faut que ça se transforme en réponse aux revendications", a-t-il poursuivi.
Outre les transports publics touchés par la grève, comme la SNCF (site de la SNCF pour les numéros utiles) où la quasi totalité des syndicats avaient appelé à cesser le travail, de nombreux secteurs ont été touchés : l'éducation, la justice, l'énergie, les banques. Des préavis ont aussi été déposés dans le secteur automobile, chez Auchan ou Virgin.
Les raisons du mouvement
Parmi les revendications: défense de l'emploi, du pouvoir d'achat et des services publics, refus que les salariés soient "les premières victimes de la crise". Tous les syndicats, même les plus modérés, exigent une relance par la consommation avec le soutien de partis de gauche déterminés à repasser à l'offensive et de nombreux réseaux et associations estimant que "ce n'est pas aux Français de payer la crise."
Ce mouvement est un test pour le monde syndical mais aussi pour le chef de l'Etat dont les propos en juillet avaient provoqué les foudres des leaders syndicaux, alors qu'il ironisait sur ces grèves "dont désormais personne ne s'aperçoit". Deux sondages montrent que le mouvement est soutenu ou compris par l'opinion (69% pour CSA, 75% pour Ifop).
Le point sur la grève dans les transports
Transports
La participation à la grève à la SNCF s'établissait en fin de matinée à 36,7% selon la direction. En Île-de-France, le trafic était meilleur qu'attendu à la RATP et à la SNCF mais de très fortes perturbations ont affecté les RER avec un train sur cinq sur la ligne A et deux trains seulement entre Denfert-Rochereau et Massy-Palaiseau sur la partie de la ligne B exploitée par l'entreprise.
Sur la partie nord du RER B, exploitée par la SNCF, 35% du trafic était assuré. Le RER C fonctionnait à 35% sur la partie Nord et 50% sur la partie Sud, le D à 35% et le E à 65%.
Le trafic du métro était perturbé avec de trois rames sur quatre à une rame sur deux en fonction des lignes, à l'exception des lignes 1, 4, 7bis, 11, 13 et 14 où le trafic est normal.
La circulation des bus était moins touchée (trois sur quatre).
Pour le trafic ferroviaire, entre 50% (Sud-Est et Atlantique) et 100% (Est) des TGV circulent au départ ou à destination de Paris. Les TGV de province à province étaient totalement bloqués et le trafic des TER (trains express régionaux) et des Transiliens perturbé. Le trafic des trains Corail était assuré à 30%.
En outre, des préavis de grève avaient été déposés dans 77 réseaux de transports en commun sur 137.
Dans le transport aérien, sur recommandation de la Direction générale de l'aviation civile, les compagnies, dont Air France devaient annuler 30% des vols à Orly et 10% à Roissy.
Le trafic long-courrier ne devait pas être perturbé mais des retards de 30 minutes à une heure sont enregistrés dans les aéroports parisiens, selon Aéroports de Paris (ADP.)
Les autres secteurs touchés par la grève
La poste
La grève était suivie par 24,89% des effectifs pour le groupe La Poste, selon une première estimation de la direction. Le syndicat Sud annonçait pour sa part 40% de grévistes.Tous les syndicats ont appelé à cesser le travail contre la privatisation "brutale et rapide" de l'entreprise.
Energie
Le mouvement de grève provoque des baisses de charge dans les centrales, selon la CGT, qui annonce une chute de 11.000 mégawatts dans les centrales électriques, dont 7.000 de source nucléaire, soit quelque 13% de la capacité.
La direction d'EDF a affirmé pour sa part que la continuité du service était assurée et fait état de 23% de grévistes en milieu de journée dans l'entreprise.
La Fonction publique
Le taux de participation à la grève était de 23,5%, selon le ministère, dont
29,5% dans les services de l'Etat et 15% dans la fonction publique territoriale. Ces chiffres sont globalement en hausse par rapport à la grève dans le secteur public de novembre 2007.
L'Education nationale
Tous les syndicats d'enseignants, mais aussi de parents d'élèves (FCPE) et de lycéens, avaient appelé à la grève pour protester contre les 13.500 suppressions de postes prévues cette année, réclamer une revalorisation de leurs métiers et une amélioration des salaires.
Le taux de participation à la grève était en moyenne de 34,61% - 36,82% pour les enseignants - selon le ministère. Dans le premier degré, il atteint 47,92% et dans le
second 28,03%, précise un communiqué. En novembre dernier, la grève avait été suivie par 48,62% des enseignants du premier degré et 24,41% de ceux du second
degré.
Pour sa part, le Snes-FSU annonçait une "grève massive" avec 60% de grévistes pour l'ensemble du second degré. A l'université, syndicats et étudiants dénoncent la remise en cause du statut des enseignants-chercheurs et les 900 suppressions de postes prévues en 2009.
La Justice
Les syndicats du ministère de la Justice, de magistrats et d'avocats ont lancé un appel commun à la grève pour dénoncer "le démantèlement du service public de la justice" et les réformes menées par le gouvernement. Des juridictions devaient être affectées par des renvois d'audience.
Les Hôpitaux
La fonction publique hospitalière est appelée à la grève par l'intersyndicale pour protester, notamment, contre le projet de loi de réforme de l'hôpital, qui sera examiné à partir du 10
février à l'Assemblée nationale. Selon le ministère de la fonction publique, la participation à la grève était de 21,3% dans le secteur hospitalier.
L'audiovisuel public
11 syndicats avaient appelé à la grève contre la réforme de l'audiovisuel et la suppression de la publicité sur France Télévisions.
A Radio France, les programmes de France Info, France Inter, et France Culture étaient perturbés. Le taux de grévistes était estimé à 30,13% à la mi-journée, selon la direction. A France 3,le taux de grévistes était de 33,83% à la même heure.
En raison de la grève, les quotidiens nationaux ne devaient pas paraître vendredi.
Télécommunications
Des appels à la grève ont également été lancés à France Télécom où la direction faisait état de 26,4% de grévistes en fin de matinée et Sud-PTT de 35%.
Banques
A la Banque de France, près de 25% du personnel étaient en grève selon la direction.
La direction de LCL (groupe Crédit agricole) faisait état de 16% de salariés en grève à la mi-journée, avec 101 agences fermées sur les 1.925 du réseau. Le taux de grévistes était de 2% à HSBC France. Le groupe Caisse d'Epargne recensait à 13h00 8,95% de grévistes, la Société générale 5,5%.
A Saint-Lazare, des usagers solidaires
"Une politique gouvernementale qui étrangle les plus pauvres"
Le trafic des trains à la gare Saint-Lazare était ralenti jeudi matin mais la plupart des usagers interrogés par l'AFP à la sortie de trains bondés s'étaient organisés pour cette journée de mobilisation sociale, se disant souvent solidaires de cette grève "de défense des salariés".
"Quand la grève est prévue, que les trains circulant sont affichés la veille, on peut prendre nos dispositions", a expliqué Patrick Lainé, cadre administratif dans une société d'assurances située à Paris, qui a amené ses rollers pour rejoindre son bureau, près de Bercy (XIIe arrondissement).
M. Lainé, âgé de 42 ans, qui vient de l'Eure et s'est levé à 05h30 pour arriver vers 08h00 à Paris, est "favorable au mouvement de protestation nationale" de jeudi. "Je ne peux pas manifester en raison des pressions que je subirais ensuite à mon travail", assure-t-il, mais il se dit "satisfait que d'autres puissent protester pour moi contre la politique du gouvernement qui étrangle les plus pauvres et les classes moyennes".
Sandrine Dermont, secrétaire dans une centrale d'achat, partage ce sentiment. "Je suis fatiguée et frigorifiée d'avoir attendu une demi-heure sur mon quai de gare à Triel (Yvelines)", avoue cette mère de famille de 34 ans. "Mais je suis prête à l'accepter quand c'est pour un mouvement de défense du pouvoir d'achat et des emplois", ajoute Mme Dermont qui "ira manifester contre la politique de cadeaux aux plus riches du gouvernement sur son heure de pause".
Olivier Sanson, 51 ans, employé dans une société d'agroalimentaire qui a "beaucoup licencié en profitant de la crise" est également "prêt à affronter la galère des transports" pour que "le mécontentement contre cette politique de mépris de ceux qui travaillent dur depuis leur plus jeune âge s'exprime".
"Les usagers qui descendent de ces trains sont tous inquiets pour leurs emplois, l'avenir de leurs enfants, le remboursement de leur crédit...", renchérit Lydie Renaud, 45 ans, comptable venant de Versailles. "Je n'ai jamais été aussi solidaire d'une grève", dit-elle.
Ainsi, la poignée de militants de "Stop la grève" ne faisaient pas recette jeudi matin en gare de St Lazare avec un discours, jugé "assez agressif et démagogiques" par plusieurs usagers, sur le thème des "privilèges des agents de la SNCF".
"Quand tu auras un boulot, tu vas voir que c'est souvent une question de survie de pouvoir le défendre", s'écriait notamment un jeune cadre cravaté face à un étudiant distribuant des affichettes sur le "ras-le-bol des usagers" et se disant "proche de l'UMP".